Septembre 2026
Note
Cet article constitue la première partie d’un texte qui reste à être complété – la suite sera éventuellement accessible par l’entremise d’un lien que j’ajouterai au bas de cette page-ci.
RDD
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I
L’actuelle parodie de campagne électorale m’y poussant (il s’agit plutôt en réalité d’une course par bonds dans des poches de jute, réservée à quelques délégués bas de gamme catapultés par les grosses gommes de la confrérie des technocrates myopes), je me suis laissé aller à réfléchir un brin à ce que je comprends de cette société où je vis.
Alors si vraiment vous n’avez rien d’autre à faire… soyez les très bienvenu.e.s.
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À tout seigneur tout honneur – et puisque nous sommes à nouveau menacés de référendum par une bande de ti-counes amnésiques qui n’ont rien de mieux à faire de leur vie (et des nôtres) que de se gratter les fantômes de bobos pour faire plaisir à PKP et au gros Mathieu…
Allons-y avec la satanée question nationale.
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Le moins que je puisse dire, c’est que le trajet de ma réflexion politique au sujet de l’avenir constitutionnel du Québec a été… très lent à se dérouler.
Cette lenteur s’explique très facilement : le sujet ne m’intéressait absolument pas.
Il ne revêtait strictement aucun intérêt à mes yeux, mais… il m’était imposé de toutes parts, où que j’aille, quoi que je tente. Fort longtemps, je me contentai donc de prendre des airs méditatifs et d’écouter les uns et les autres se lancer des déclarations d’intentions, des opinions, des jugements et des invectives par la tête, tout en comptant distraitement les points.
C’est ainsi que, grosso modo, je pourrais dire que jusqu’à l’âge de 18 ans à peu près, j’avais vu passer trois options principales.
Dans le désordre :
D’abord le neutralisme – que, le plus souvent, les Indépendantistes surtout les plus forcenés considéraient être du « fédéralisme » – je n’ai jamais bien compris pourquoi puisqu’en fait, le neutralisme était un projet qui consistait en… rien du tout. Je veux dire : son but et son mode de fonctionnement se résumaient le plus simplement du monde : surtout éviter à tout prix de toucher à quoi que ce soit, laisser les choses comme elles étaient. Très franchement, compte tenu de mes préoccupations d’alors, c’était celui des trois qui, dans les circonstances, me semblait avoir le plus de bon sens : il y avait déjà à mon avis largement assez de problèmes de tous ordres dans la vie des citoyens pour ne pas, par-dessus le marché, aller leur inventer et leur imposer des courses à obstacles sur des pistes ne menant nulle part. Mais je gardais cette opinion pour moi.
Deuxième option : l’indépendantisme. Qui me paraissait poser de graves problèmes logiques – sur lesquels j’évitais de me pencher de peur d’être pris de tournis. Parmi ces problèmes, celui-ci : des trois groupes, si l’on faisait exception de la seule question de la langue ses promoteurs étaient clairement ceux qui avaient le plus l’air de purs et durs Nord-Américains (ou d’États-Uniens, si vous préférez). C’est bien pourquoi, lorsque plus tard j’appris que René Lévesque avait fait son service militaire dans l’armée US,
la chose me sembla parfaitement logique et conséquente. Les Indépendantistes, de manière générale, me semblaient tout simplement paradoxaux – des espèces de cachalots du désert : nord-américains à fond la caisse, mais en français. Autrement dit : ou bien quelques siècles en retard d’un côté ou de l’autre ou bien parfaitement cyniques (ou aveugles volontaires) : tout à fait prêts à se servir de la langue comme d’un prétexte pour parvenir à leurs fins sécessionistes, quitte à ensuite (quand il serait trop tard pour faire marche arrière) la saborder. (Ce qui, soit dit en passant, n’aurait pas eu grand chose d’inusité, puisqu’on avait déjà eu recours à cette manoeuvre, très précisément, avec la foi et avec le clergé catholique.)
Je n’ai jamais cru à une Indépendance qui aurait extrait le Québec du contexte géopolitique dans lequel il s’inscrit : « les petits objets ont une tendance universelle à tomber vers les gros qui se trouvent à proximité », on sait ça très bien, en sciences, depuis qu’un somnolant britiche en perruque a reçu une pomme sur la tomate. On ne peut donc pas simplement « sortir du Canada » et c’est tout, pour la très simple raison que le Canada n’est pas suspendu dans le vide. Si l’on en sort, ce ne peut être, à terme, que pour se retrouver happé par autre chose. Or, la seule « autre chose » à exister sur notre bout de continent s’appelle les « USA » et possède une force d’attraction époustouflante (nettement supérieure à celle du Canada) – surtout auprès des soi-disant pragmatiques du chéquier, fort nombreux dans les rangs des promoteurs de l’Indépendance. Ergo…
Moralement et intellectuellement, l’Indépendantiste typique, à mes yeux, était un espèce de monstre de Frankenstein composé de morceaux soutirés à 3 cadavres : un gérant de Caisse populaire, un curé défroqué en manque d’excommunications et un grammairien psychotique.
Enfin, troisième option, les Nationaux Grand Format – peu nombreux mais passionnants à suivre du regard -, qui étaient, eux, de véritables fédéralistes, et prônaient non seulement un Canada uni d’un océan à l’autre, mais même la résolution définitive et irréversible du problème linguistique par un raccourci des plus étonnant consistant à remplacer le duel anglais/français par le recours à une langue unique : le canadien, amalgame des deux, qu’il n’y avait qu’à inventer et Basta.
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Comme je le disais plus haut, jusqu’à 18 ans je ne faisais aucune distinction pratique entre ces 3 options – cela n’aurait de toute manière servi à rien puisque…
1- exprimer mon opinion dans des discussions n’aurait eu strictement aucun poids et…
2- je n’avais pas non plus le droit de vote.
Je me tins donc résolument coi sur la question nationale, aidé en cela par le fait que bien d’autres sujets retenaient mon attention – par exemple… survivre dans un milieu où à 10 ans j’avais été catapulté à la mort prématurée de ma mère et qui à de nombreux titres me paraissait hostile, ou en tout cas aux antipodes de ce qui m’attirait dans la vie. Ou alors tenter de débroussailler un peu ce que j’allais bien pouvoir faire de mon existence à venir, perdu comme je l’étais dans un système scolaire dément et en perpétuelle explosion. Soit encore tenter de comprendre un tant soit peu ce qui occupait l’esprit de ces êtres étranges que je côtoyais sans trêve : mes semblables.
Arrêtons-nous un instant sur cette troisième tâche : « comprendre un tant soit peu ce qui occupait l’esprit de ces êtres étranges censés être mes semblables ».
Autant vous dire tout de suite que je ne suis jamais parvenu à la mener à bien. Mais au seul chapitre de ce qu’ils (les autres) comprenaient de la réalité, j’allais tout ma vie passer de Charybde en Scylla.
Deux moments, l’un de mon enfance l’autre de mon adolescence, furent particulièrement marquants sur le chemin de mes réflexions portant sur la question soi-disant nationale. Appelons-les « Père Brébeuf » et « Hongkong ».
« Père Brébeuf », d’abord.
Lieu : Une cours d’école primaire enneigée.
Époque : Première moitié des années 60, vers 1963 ou 1964, par là.
Action : Je suis en 3e ou 4e année de primaire, c’est la récréation de l’après-midi, nous sortons d’un cours d’histoire du Canada… et je suis en furie. Pourquoi ? Parce que la maitresse vient de nous entretenir, une infernale éternité durant, de l’infâme martyre que les « Indiens » imposèrent autrefois aux vaillants missionnaires Lalemant et Brébeuf. Or là, en arrivant dans la cours, mes petits camarades viennent de se lancer à leur tour sur le même thème, y vont de déplorations à n’en plus finir, et mes nerfs ont lâché. Le film est là, dans ma mémoire, presque intact : je leur explique que leur manière de « prendre pour du cash » la version de la maitresse n’a aucun sens. Qu’ils devraient au moins conserver l’ombre d’un petit doute. Évidemment, tous se sont immédiatement effarouchés : « Ouh, le vilain, oh le monstre, qui veut nous faire douter des propos de la vaillante enseignante ! Bouh, bouh ! » (après tout nous sommes au Québec), ce qui n’a fait que nourrir ma colère à la pelle. Je tente de leur expliquer, avec mes mots d’alors et des raisonnements sans doute fort défaillants, mais essentiels quand même, que les « Indiens » en question ne leur avaient rien demandé, aux curés. Mais que ceux-ci se sont imposés. Et ont entrepris de transformer de force le rapport au monde de leurs vis-à-vis (les fusils ne devaient jamais être très loin des soutanes). « Comment est-ce que vous réagiriez, vous autres, si quelqu’un débarquait chez vous et vous ordonnait de vous jeter à genoux devant eux et de renier vos parents et vos grands-parents ?! Vous feriez oui oui, merci monsieur ?! »
Pour tout vous dire, j’avais un exemple contemporain fort précis à l’esprit : ma tante Monique, jeune sœur de ma mère, qui avait le don de me mettre les nerfs à vif en trois phrases et qui promenait sans trêve ses airs d’avoir tout compris et de mépriser l’univers entier.
Mon but n’était certainement pas de monter à l’assaut du récit historique officiel semé à tous vents par le clergé et ses acolytes, mais de simplement faire entrevoir à mes amis d’alors qu’il se pouvait fort bien qu’il y ait dans le récit qui venait de nous être servi une fissure qui, si on la suivait, menait à une interprétation des faits profondément différente de celle imposée par la prof – et beaucoup plus éclairante qu’elle.
Rien n’y fit.
Je suppose que ces petits camarades de la cours d’école furent parmi les premiers à penser à moi ce soir-là dans des termes que j’allais inspirer souvent au fil de ma vie : « Ah lui ! L’estie de Dubois ! »
« Hongkong », à présent.
Lieu : Une cours d’école secondaire encombrée de camions militaires bâchés.
Époque : Fin de l’automne de 1970 – c’est la Crise d’Octobre
Action : Récréation de l’après-midi à l’École secondaire George-Vanier. Au milieu d’un groupe d’une demi-douzaine d’étudiants, dans un racoin, je les écoute, effaré, ressasser en regardant les camions de l’armée canadienne les infernales manoeuvres historiques que les maudits Anglais ont de tout temps ourdies pour faire disparaitre les irréductibles Québécois. Je les écoute divaguer… et je ne bronche pas. En fait, j’ai l’impression d’être au bord de l’hallucination : ce à quoi j’assiste là n’a aucun sens. Les Anglais auraient rêvé depuis des siècles à nous faire disparaitre ? Vraiment ? Et comment expliquez-vous ça ? Comment expliquez-vous que l’empire britannique, le plus puissant à être apparu en Occident depuis Rome, qui a conquis des pans entier de l’Orient, de l’Afrique, de l’Inde, qui a fondé l’Australie et ce qui est devenu les USA, ait pu vouloir venir à bout de 60 000 colons analphabètes, pauvres comme la gale, moins que la population de Granby mais saupoudrés sur tout un continent, et ne pas y parvenir… alors qu’il contrôle toujours à présent, des décennies après son démantèlement, jusqu’à Hongkong, aux portes du pays le plus populeux de la planète ?!
Cette fois-ci comme cinq ans plus tôt dans l’autre cours d’école, ce ne sont pas tant les propos eux-mêmes qui me font hocher la tête d’incrédulité, que l’inébranlable FOI avec laquelle ils sont proférés… alors pourtant qu’à l’évidence ils devraient être au bas mot… pondérés.
C’est, je crois, à dater de ce jour-là que je commençai à comprendre que depuis 1960, la religion n’a pas disparu, au Québec, elle a muté. On a simplement remplacé le crucifix par une fleur de lys, et les curés par des avocats et des technocrates d’un genre inédit, appelé « constitutionalistes ».
(À suivre)
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Ce texte me rejoint complètement.. Hâte de voir la suite… Dans le documentaire U tube, Christopher Hall 2013 quand il est question du service militaire de Levesque aux USA, la raison serait qu’il aurait été refusé au Canada?