« Bateau-Montréal »

Février 2010

Éditorial que je livre, sur les ondes de Télé-Québec

Dans le cadre de l’émission Bazzo.TV

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Marie-France…

Depuis un mois et demie à peu près, je suis encore tombé trois fois, à la télévision, sur des jokes – plutôt plates, ma foi – à propos de Montréal.

Faites par des gens des régions, bien entendu.

Et « Wahaha », répond le public.

 

J’en ai un peu… jusque là.

Pas parce que ce sont des jokes plates – non, pas du tout.

Dans quelques mois, ça va faire quarante ans que je fais du théâtre… ce qui fait que les jokes que je peux entendre sur mon compte, ça fait un bout de temps que j’ai appris à les gérer, merci beaucoup.

En plus, je m’appelle Dubois… t’ sais ? « Du bois »… comme dans « On est pas sortis… du bois ! Waha ! »

Bref. Depuis l’âge de dix ans, les jokes plates, chus habitué.

 

Non, ce que je trouve extrêmement triste, c’est de continuellement me faire dire que je dérange du monde que pourtant, moi, j’aime bien… et que je les dérange juste en étant celui que je suis : un Montréalais.

J’aime vraiment pas ça du tout, mettre mal l’aise des gens que j’aime juste en étant celui que je suis.

 

Il faut bien se rendre à l’évidence, Marie-France : Montréal fitte pas dans le Québec.

Montréal a jamais été correcte… pis elle ne l’est toujours pas : vote pas du bon bord; parle avec toutes sortes de maudits accents pas d’allure; porte des noms de famille invraisemblables; ça la dérange pas d’apprendre l’anglais; stupre et luxure !; On va pas à messe. Y pousse pas de carottes sur la rue Sainte-Catherine. Eh puis, bien entendu…« Quand elle partie en ville, la trop belle Laurelou »… a s’est fait’ avoir… bien évidemment. Parce qu’en ville, on est tout’ une gang de sales.

Ça fait 350 ans que ça dure.

Montréal ne changera pas.

Pis le reste du Québec non plus – apparemment.

Fa ke… c’est assez, là, mettons.

Non ?

 

Grande nouvelle, Marie-France : je me lance en politique active !

Je fonde mon propre parti !

Municipal !

Il va s’appeler « Bateau-Montréal »

Et il va y avoir un seul point à son programme.

 

Regardez une carte géographique : l’île de Montréal a l’air d’une immense chaloupe.

D’une… « chaloupe » ? Parfait !

On est… bof… deux millions et quelques, dans cette chaloupe là ? Parfait !

On s’installe tout le tour, chacun une pagaie à la main et…

« Youpe-youpe sur la rivière… » 

On s’en va !

On descend le fleuve !

 

Beubye Sorel…

Beubye Trois-Rivières…

Bon… évidement, y a des endroits où ça va être un peu étroit : y va falloir descendre pis pelleter. Pas grave, on est habitués.

On s’arrête une coup’ de jours à Québec-Ville – y a sûrement du monde qui vont vouloir débarquer…

Qui sait, y a peut-être aussi du monde qui vont vouloir embarquer ? Envoyez fort : y pas d’ frais. Mais y a une condition par zemp’ : être curieux !

 

Ensuite…

« C’est dans le mois de mai… »

Tadoussac ! On s’arrête encore un coup pour faire une Symphonie portuaire avec les baleines — si ça leur tente.

Pis… on repart.

 

Passé la Gaspésie, hop, à droite toute !

Encore un coup : on descend vers le sud-est.

Halifax… how do you do ?

Le Maine. New York. La Floride… allô mononk !

 

Et là… rendu dans les Antilles, on jette l’ancre, pis on passe… dix ans dans ce bout-là… à aller d’une île à l’autre. Partout où on veut de nous autres.

 

Après ça :

Les Açores !

[choix personnel : communauté portugaise sera contente + super bonne bouffe]

 

Je propose : toujours prêts à lever l’ancre – ça suffit, les questions d’identité.

 

Imaginez ça : une ville qui passe son existence à faire le tour du monde !

La première ville errante de l’histoire de l’humanité !

Mon rêve !

 

Jamais plus que dix-quinze ans à la même place : Rio, Tokio, Le Pirée.

Imaginez le rapport au monde des citoyens, au bout de 150 ans !

 

Et puis comme ça, tout le monde va être content.

Nous autres parce que… on va enfin pouvoir passer notre vie à autre chose qu’à nous faire crier des noms à cœur de jour. Sans compter qu’à tour de rôle, on aura, au choix : de la neige, des palmiers ou du sable sur le Mont-Royal ! Yessss !

Pendant ce temps-là, le reste du Qc, lui, va enfin pouvoir se chercher quelqu’un d’autre à haïr.

Bonne chance et bien du bonheur aux heureux élus !

[C’est-tu juste moi, ou si j’entends votre boite à e-mails qui se remplit, tout d’un coup ?]

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Février 2010

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