La Marmotte Vous Salue Bien !

La Marmotte vous Salue bien !

2 avril 2026

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Il parait que le monde change tellement vite que nous sommes censés ne plus rien reconnaitre.
Si cette pensée vous est familière, sachez qu’elle ne m’inspire aucun autre commentaire que : « Si vous ne reconnaissez rien, il est peut-être grand temps de vous faire faire des lunettes. »

Trois exemples (parmi bien d’autres).

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Un

Je me lève ce matin et, plein les médias : « Oh ! Ah ! Hi ! On part pour la Lune ! »
Mouais.
Pour votre information, tard le soir de mon 14e anniversaire, le 20 juillet 1969, j’étais assis devant la télé en compagnie de mon père et nous riions comme des fous dans l’attente du résultat de notre pari : le module lunaire se poserait-il ou non avant la fin de « ma » journée ? (J’avais parié que « oui » bien entendu.)

Aller sur la Lune reste un exploit — je veux bien. Mais quant à moi je ne peux pas m’empêcher de penser qu’on y était déjà allé plusieurs fois du temps que j’étais ado. En clair : il y a fort longtemps !
Vous voudriez peut-être aussi qu’on se mette à applaudir chaque fois qu’on réussit à fabriquer une roue ou à allumer un feu ?
À mes yeux, ce n’est pas qu’on y aille qui est frappant, mais le fait que durant des décennies nous ayons été trop empotés pour y retourner alors que — paraît-il — ça nous excite tellement.

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Deux

Le Citrouille zombie qui règne sur les USA a de nombreuses lubies. Les méchantes langues prétendent même qu’elle n’a que ça pour se désennuyer (au détriment de l’univers entier).
Celle de raconter n’importe quoi, par exemple. Des conneries comme : « Le Canada n’a jamais rien fait pour nous ».
Atchoum.

Au milieu de ma vingtaine, j’ai suivi, tantôt de loin tantôt d’un peu plus près, les mésaventures des USA en Iran.
À cette époque régnait sur l’ancienne Perse un monsieur très chic et à la police politique musclée appelée Savak — le monsieur, lui, s’appelait « Le Shah ». C’était ni plus ni moins qu’un dictateur orné d’une flopée de rutilantes médailles, installé sur le trône avec l’aide américaine, donc. Le régime précédent le sien avait été effondré (sic) parce que trop à gauche et because le pétrole, alors hop, un dictateur avait été déniché vite fait pour prendre sa place. Nos voisins du Sud (et les journalistes de Paris Match) les trouvaient super tripants, le Shah et ses flics, mais ils ne plaisaient pas — c’est rien de le dire — à tous les habitants du pays.
Devinez quoi ? Comme toute alternative politique au régime impérial du Shah était interdite d’accès et gardée mitraillette à la main, et comme la Savak avait la très fâcheuse manie de tirer dans le tas lors des manifestations, les options évoquant quoi que ce soit à se situer à gauche de la dictature étaient imparablement exclues. Donc ? Donc, les opposants au Gros Minou et à ses sbires se réfugièrent auprès du clergé — lequel, en ces régions, était fort militant.
Et l’opposition au Shah commença de s’organiser — à l’étranger. En France, notamment, où était réfugié un ayatollah à l’air pas vraiment rigolo appelé Rouhollah Khomeini.
C’est comme ça, par exemple, que lors de mes études à Paris, certains soirs en rentrant à la Maison des Étudiants Canadiens, à la Cité internationale universitaire, je pouvais rester planté 10 minutes, l’air hagard, à regarder gesticuler et hurler dans une langue inconnue de moi (c’était du farsi) des jeunes gens brandissant de grands portraits dudit vieux barbu à l’air sévère qui allait bientôt et pour un bon bout de temps faire la première page de tous les journaux de la planète. C’était lui, Khomeini.

Après que je sois rentré à Montréal avec ma première pièce — et pas grand chose d’autre — dans mes valises, je pus suivre dans les journaux les avancées de la révolution islamiste en Iran. Et l’arrivée au pouvoir du clergé inspiré et mené par Khomeini.
Un beau jour, taïaut ! Les groupes armés du mouvement révolutionnaire s’emparent de l’ambassade US à Téhéran. Une cinquantaine d’Américains sont mis aux fers. Mais une demi-douzaine parviennent à se défiler et trouvent refuge à l’ambassade… du Canada (où ils resteront cachés un bon moment). Le président états-unien Carter décide de libérer à la force du poignet les 50 et quelques personnes détenues depuis l’attaque. Il envoie des soldats en hélico… mais… malheur… en chemin, les hélicos se pètent la fiole en plein désert à cause… du sable. (Non, ce n’est pas un gag)

On se résume et on poursuit : les Amerloques aiment le pétrole mais n’aiment pas le chef de l’État et le font sauter, les Amerloques installent le Shah, le Shah tire dans le tas, les opposants au Shah se révoltent et jettent le Shah aux vidanges, les Amerloques les yeux plein d’eau font « Oh, qu’ils sont vilains ! » mais n’y peuvent rien. Près de 50 années passent. Le président Citrouille zombie veut du pétrole (et/ou le cash et l’influence qui viennent avec). Les citoyens et citoyennes d’Iran en ont ras le pompon des curés — et se révoltent. Fidèles à la tradition, les curés et leurs sbires font comme du temps du Shah : ils tirent dans le tas. Hypocrite comme pas deux, la Citrouille zombie s’écrie : « Bougez pas, braves gens, je reviens tout de suite vous sauver ». Il fout le camp, et les laisse crever dans le milieu de la rue ou au fond des prisons. Il organise alors (avec Israel, mais ça c’est une autre histoire) une belle grosse parade de gros bateaux (dont certains sentent littéralement le caca) avec plein de gros avions de guerre qui des semaines durant font tout sauter dans le pays (y compris les gens). Le curés, qui en ont vu d’autres, leur montrent leurs fesses par les fenêtres et leur font des grimaces.
Mêmes pays, mêmes erreurs idiotes. Apparemment, les seuls à avoir appris quoi que ce soit, ce sont les curés.

À 25 ans — en 80 — j’écris une pièce qui s’intitule « Ne blâmez jamais les bédouins » laquelle, non, ne parle pas directement de la guerre civile iranienne même si, des années durant, cette guerre ne quitte pas mon esprit. L’histoire : en plein désert sec, quelque part on sait pas trop où, trois personnages sont sur le point de se faire passer sur le corps par deux énormes trains militaires (« Père Noël » et « Staline ») qui foncent l’un vers l’autre dans le cadre d’une opération baptisée « Goliath contre Goliath ».
À 70 ans — en 2026 — le proprio dément d’un des deux trains, parfaitement cohérent avec la politique extérieure empoisonnée de son empire de merde, décide de bombarder villes et villages d’Iran parce que ça va faire des belles photos et que les crétins qui ont voté pour lui aiment ça, les belles photos. Les prix du pétrole flambent. Les copains de la Citrouille s’en sacrent plein les poches.

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Trois

Sur la scène très très locale.

1962 – En 2e année primaire, je passe à un cheveu de me faire péter la gueule par un petit camarade. Nous venons de subir un (interminable) cours d’histoire du Canada, durant lequel la maitresse nous a raconté, sanglots à l’appui, le terrible martyre des missionnaires Brébeuf & Cie. J’en ai la tête qui tourne. Arrive la récréation. Quand un ixième condisciple m’approche pour me faire partager sa larmoyante émotion, je sors de mes gonds : « Non ! Non, je ne trouve pas ça triste du tout ! Les Indiens, ils ne leur avaient rien demandé, aux curés. Ils n’auraient pas pu leur sacrer patience ?! Pour qui ils se prenaient, de débarquer comme ça avec le crucifix à bout de bras et de leur ordonner de tomber à genoux ?! »
Si je me souviens bien, j’ai été sauvé par la cloche de la fin de la récréation.

2026 — Quelque chose comme le tiers de la population de la province où j’habite, chaque fois qu’elle entend le mot « indépendance » fait la même face éplorée que ma maitresse de 2e année. Sauf que les Anglais et les Immigrants ont repris le rôle des Indiens d’antan (pour le moment en tout cas).
J’ai l’impression d’entendre jouer nuit et jour un repiquage d’un discours de curés du 19e siècle transféré sur clé USB.

Alors, s’il vous plait !
Vos « Le monde change trop vite » — gardez-les pour vous, ok ?!

Tourlidou.

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